DECRYPTAGE. Economie, pauvreté, inflation : l’Argentine de Javier Milei se porte-t-elle mieux ?

DECRYPTAGE. Economie, pauvreté, inflation : l’Argentine de Javier Milei se porte-t-elle mieux ?

Nous vous proposons aujourd’hui une analyse approfondie de la situation économique en Argentine sous la présidence de Javier Milei. Alors que le pays traverse une période électorale pour renouveler partiellement le Sénat, il est pertinent d’examiner les résultats des politiques économiques mises en place par le président ultralibéral. Les élections qui se sont tenues le 18 mai dernier dans la région de Buenos Aires ont montré que le soutien à Milei reste solide. Mais qu’en est-il réellement de l’économie argentine et du bien-être de sa population ?

La stabilisation de l’inflation argentine : succès ou illusion temporaire ?

L’une des promesses phares de Javier Milei lors de sa campagne présidentielle était de juguler l’inflation galopante qui rongeait l’économie argentine depuis des années. En avril 2025, l’inflation mensuelle s’est établie à 2,8%, un chiffre que le Ministère de l’économie a fièrement partagé sur son compte X. Ce taux représente une réduction considérable par rapport aux niveaux observés avant l’arrivée au pouvoir de Milei.

Cette stabilisation apparente de l’inflation résulte principalement des coupes budgétaires drastiques opérées dans le secteur public et des prêts internationaux obtenus. En effet, début avril, le FMI et plusieurs banques mondiales ont accordé 37 milliards d’euros à l’Argentine, apportant une bouffée d’oxygène à l’économie du pays. Cependant, selon l’économiste Laura Testa, cette accalmie pourrait n’être que temporaire : “Nous, les économistes, pensons que ce calme est un faux calme. L’inflation est basse grâce aux dollars qui sont entrés avec ces prêts. Mais une fois que cette quantité de dollars aura été épuisée…”

Le gouvernement Milei a récemment annoncé des mesures visant à encourager les Argentins à déposer leurs dollars à la banque, plutôt que de les conserver en liquide comme c’est actuellement le cas pour une grande partie de la population. Cette initiative cherche à permettre à l’État d’utiliser ces fonds pour stabiliser davantage l’économie. Néanmoins, l’Argentine sort de la récession tandis que Javier Milei célèbre le redressement économique, une vision qui contraste avec les réalités observées sur le terrain.

Pauvreté croissante et pouvoir d’achat en chute libre

Malgré les chiffres encourageants concernant l’inflation, la situation sociale en Argentine semble se détériorer. Selon l’Institut national de statistiques argentin, au second semestre 2024, 38% de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Ce pourcentage alarmant témoigne des difficultés auxquelles font face de nombreux Argentins au quotidien.

Le pouvoir d’achat continue de s’éroder, avec des prix qui atteignent désormais des niveaux comparables à ceux observés en Europe. L’indice Bigmac, utilisé comme référence pour comparer le coût de la vie à l’échelle mondiale, place l’Argentine en deuxième position, juste derrière la Suisse en janvier 2025. Cette comparaison est d’autant plus frappante lorsque l’on considère que le salaire médian en Suisse avoisine les 7 000 euros, tandis qu’en Argentine, il est estimé à seulement 400 euros.

Les dépenses essentielles comme l’alimentation et l’habillement pèsent lourdement sur le budget des ménages argentins. Pour Laura Testa, la situation n’est pas près de s’améliorer : “Milei répond à des dogmes économiques, suit des stratégies, mais ne refonde pas le système argentin.” Selon elle, les mesures prises jusqu’à présent ne s’attaquent pas aux problèmes structurels de l’économie argentine.

Les défis structurels de l’économie argentine

L’un des principaux défis auxquels l’Argentine est confrontée est sa dépendance aux dollars pour stabiliser son économie. Le pays continue de s’appuyer presque exclusivement sur sa production agricole, un secteur qui génère relativement peu de revenus comparé à d’autres industries.

Des opportunités de diversification existent pourtant. Comme le souligne Laura Testa : “Récemment on a trouvé une réserve importante de cuivre. On pourrait l’exploiter et l’exporter.” L’an dernier, le gouvernement a créé un régime pour attirer les entreprises internationales, mais ces mesures présentent des limites. “Au bout de la deuxième année de leurs contrats, elles n’ont plus d’obligation à laisser des dollars dans le pays. Pourquoi fait-on cadeau de nos ressources comme ça ?” s’interroge l’économiste.

La restructuration économique proposée par Milei ne semble pas répondre aux besoins fondamentaux du pays. Sa volonté initiale de dollariser l’économie argentine n’a pas encore été concrétisée, bien qu’il ait réussi à ralentir l’inflation. Cependant, sans une refonte profonde du système économique et une diversification des sources de revenus, l’Argentine pourrait se retrouver dans une situation précaire une fois les prêts internationaux épuisés.

Le soutien populaire face aux réalités économiques

Malgré les difficultés économiques et sociales, Javier Milei semble conserver le soutien d’une partie significative de la population. Lors des récentes élections dans la Province de Buenos Aires, le candidat du parti de Milei est arrivé en tête, témoignant d’une certaine confiance dans les politiques mises en œuvre par le président.

Avec encore deux ans et demi de mandat devant lui, Milei dispose de temps pour tenter de concrétiser ses promesses et redresser durablement l’économie argentine. Les élections vont se poursuivre dans les 23 provinces du pays, offrant un baromètre régulier du soutien populaire à ses politiques.

Nous continuerons de suivre l’évolution de la situation économique en Argentine et les résultats des politiques de Javier Milei. La question reste entière : ces mesures permettront-elles à terme d’améliorer véritablement les conditions de vie des Argentins, ou s’agit-il simplement d’un répit temporaire avant de nouvelles turbulences économiques ?

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