L’Éternaute s’invite sur nos écrans Netflix depuis le 30 avril 2025, apportant un souffle nouveau dans l’univers des séries de science-fiction. Cette adaptation argentine d’une bande dessinée culte nous plonge dans un Buenos Aires assiégé par une mystérieuse invasion extraterrestre. Nous vous proposons de découvrir cette œuvre captivante qui mêle résistance héroïque et réflexion politique profonde, portée par l’immense Ricardo Darin.
Une bande dessinée argentine devenue phénomène culturel
Créée en 1957 par le scénariste Hector Oesterheld, la bande dessinée L’Éternaute (El Eternauta en version originale) a révolutionné le genre de la science-fiction en Amérique latine. Son originalité réside notamment dans son ancrage géographique inhabituel pour l’époque. Loin des métropoles américaines ou européennes traditionnellement dépeintes dans ce type de récit, l’histoire se déroule entièrement à Buenos Aires, offrant une perspective latino-américaine inédite sur l’invasion extraterrestre.
Le caractère visionnaire de cette œuvre s’est renforcé avec le destin tragique de son créateur. Militant de gauche, Hector Oesterheld fait partie des milliers de disparus sous la dictature militaire argentine (1976-1983). Cette dimension politique confère à la série une résonance particulière, transformant ce qui aurait pu n’être qu’un simple récit d’invasion en une puissante allégorie de la résistance face à l’oppression. Les liens entre la France et l’Argentine remontent d’ailleurs à longtemps, comme en témoigne l’histoire de Pigüé : la pequeña colonia aveyronnaise en Argentina que conserva sus raíces francesas desde 1884.
Au fil des décennies, différents dessinateurs ont repris et poursuivi l’œuvre dans les années 70, 80 puis 2000, contribuant à son statut mythique. Ce qui distingue L’Éternaute de nombreuses autres sagas de science-fiction, c’est son message humaniste profondément ancré dans l’identité argentine tout en étant universel : “personne ne se sauve seul”.
Ricardo Darin et un casting d’exception pour une production ambitieuse
La série Netflix marque le retour à l’écran de Ricardo Darin, véritable trésor national du cinéma argentin. L’acteur prête ses traits à Juan Salvo, un homme ordinaire devenu malgré lui le chef d’une résistance improvisée. Darin, connu internationalement pour ses rôles dans “Dans ses yeux” (Oscar du meilleur film étranger en 2010), “Les Nouveaux sauvages” ou encore le récent “Argentina, 1985”, apporte toute sa gravité et son charisme à ce personnage emblématique.
Pour l’acteur de 68 ans, ce tournage représentait un défi physique considérable. “148 jours de tournage, dont 113 pour moi, harnaché d’épais vêtements, sac à dos, arme, masque, bottes… Il fallait sauter, tomber, se battre dans de la neige artificielle. À 25 ans, ça passe sans problème, mais à mon âge, c’est très pénible”, nous confie-t-il avec humour. Malgré ses réticences initiales, Darin s’est laissé convaincre par “le respect pour l’œuvre et le sérieux de la réalisation”.
Autour de lui, la distribution fait la part belle aux talents argentins, créant une immersion totale dans l’univers “porteño” (de Buenos Aires). La production, d’une ampleur inédite pour l’Argentine, représente une fierté nationale mais soulève également des questionnements sur l’avenir du cinéma dans un pays où le financement public se raréfie sous l’administration ultralibérale du président Javier Milei.
Une histoire de résistance face à l’invasion extraterrestre
L’intrigue nous transporte dans un Buenos Aires estival soudainement frappé par d’étranges chutes de neige mortelles qui déciment la population. Juan Salvo et ses amis découvrent rapidement que ce phénomène n’est que la première phase d’une invasion orchestrée par une puissance extraterrestre. Après la neige viennent les monstres aux allures de coléoptères géants et des humanoïdes hostiles.
Ce qui rend cette série particulièrement captivante, c’est l’authenticité de la réaction des personnages. “Ce sont des gens qui ne comprennent absolument pas ce qui se passe, face à quelque chose de totalement inattendu et hostile”, explique Darin. Cette vulnérabilité humaine face à l’incompréhensible crée une tension palpable et universelle, permettant aux spectateurs du monde entier de s’identifier.
Les lieux emblématiques de Buenos Aires deviennent le théâtre de cette résistance désespérée, notamment le célèbre stade El Monumental, transformé en forteresse improvisée. Cette appropriation des espaces familiers par un récit catastrophe offre une perspective rafraîchissante dans un genre souvent centré sur New York ou Londres.
Un message universel pour notre époque
Au-delà du spectacle visuel et de l’adrénaline des scènes d’action, L’Éternaute porte un message profondément humaniste qui résonne particulièrement aujourd’hui. Le leitmotiv “personne ne se sauve seul” traverse l’œuvre comme un fil conducteur philosophique.
Ricardo Darin médite sur cette idée : “Cela a à voir avec l’histoire de la civilisation. Les peuples qui ont su survivre sont ceux qui se sont rassemblés, défendus côte à côte, qui se sont intéressés non seulement à leur situation individuelle, mais aussi à celle des autres.” Cette vision collective de la survie fait écho aux défis contemporains, des crises sanitaires aux bouleversements climatiques.
Le titre même de l’œuvre, néologisme fusionnant “éternel” et “astronaute”, évoque ce navigateur de l’éternité qu’est Juan Salvo, mais aussi la permanence de ces valeurs de solidarité à travers les âges. Face aux difficultés actuelles du cinéma argentin, Darin reste optimiste : “Nous sommes très habitués aux crises, pour le meilleur ou pour le pire. Nous avons une dynamique pour faire face avec beaucoup de force de caractère.” Une résilience qui, finalement, fait écho au message même de L’Éternaute.


