Nous assistons aujourd’hui à un phénomène de mobilisation sans précédent dans les rues de Buenos Aires. Des dizaines de milliers de personnes ont envahi le centre de la capitale argentine ce 18 juin 2025 pour manifester leur soutien indéfectible à Cristina Fernandez de Kirchner. L’ancienne présidente vient de se voir confirmer une peine de six ans de prison et d’inéligibilité à vie par la Cour suprême. Cette figure emblématique de la politique argentine purge désormais sa peine en assignation à résidence, une situation qui a déclenché une vague de solidarité massive parmi ses partisans.
Mobilisation massive dans les rues de Buenos Aires
La place de Mai, symbole historique des grandes manifestations argentines, s’est transformée en mer humaine dès le début de l’après-midi. Les avenues adjacentes débordaient de manifestants venus exprimer leur indignation face à ce qu’ils considèrent comme une injustice flagrante. “Argentina con Cristina!” scandait la foule dans une ambiance à la fois festive et déterminée.
Selon les organisateurs, principalement le Parti justicialiste (péroniste de centre-gauche), plusieurs centaines de milliers de personnes auraient répondu à l’appel. Bien que ce chiffre reste difficile à vérifier avec précision, nous pouvons confirmer qu’il s’agit de la manifestation la plus importante depuis de nombreux mois en Argentine.
Des partisans sont venus de tout le pays, nombreux ayant voyagé en car depuis diverses provinces argentines. Les forces de l’ordre ont d’ailleurs mis en place des contrôles stricts aux entrées de la capitale. “Ces vérifications visent simplement à prévenir toute forme de violence et à garantir que la manifestation reste pacifique”, a justifié Guillermo Francos, chef du cabinet des ministres.
L’ambiance sur place était caractéristique des grandes mobilisations péronistes: pétards, chants enthousiastes, grosses caisses et cuivres résonnaient dans tout le centre-ville. Des drapeaux argentins flottaient au-dessus de la foule, tandis que de nombreux manifestants arboraient des t-shirts à l’effigie de Cristina Kirchner ou de son défunt mari, Néstor Kirchner.
Une condamnation qui divise profondément l’Argentine
Le 10 juin dernier, la Cour suprême argentine a confirmé la condamnation de Cristina Kirchner à six ans de prison et à l’inéligibilité à vie pour “administration frauduleuse” pendant sa présidence (2007-2015). Cette décision marque un tournant dans la carrière politique de celle qui a occupé successivement les fonctions de première dame, présidente, puis vice-présidente.
Après cette condamnation définitive, la justice a accepté sa demande d’effectuer sa peine à domicile, invoquant notamment des raisons de sécurité. Cette assignation à résidence s’accompagne toutefois d’un “dispositif de surveillance électronique” dont les détails n’ont pas été précisés.
Cette situation judiciaire suscite des réactions diamétralement opposées dans la société argentine. “On vient soutenir une personne qui a permis à des gens comme moi d’accéder pour la première fois à l’université”, témoigne Veronica Barrientos, infirmière de 40 ans présente à la manifestation. “Je continuerai à venir aussi longtemps que je peux, pas seulement contre sa détention injuste, mais parce que le pays est en train d’être ruiné”.
À l’inverse, le gouvernement du président ultralibéral Javier Milei, principal adversaire politique de Kirchner, relativise l’ampleur du soutien dont elle bénéficie. “Il est logique qu’un secteur de la population soutienne Cristina. Il est minoritaire aujourd’hui, représentant environ 25%. Mais 75% des Argentins ne partagent pas ce soutien”, a affirmé Guillermo Francos.
La mémoire de la dictature en Argentine reste un sujet sensible que Javier Milei aborde d’une façon qui divise, et qui contribue à polariser davantage le débat politique autour de figures comme Kirchner.
Le péronisme montre sa force de mobilisation
Cette démonstration de force dans les rues témoigne de la capacité de mobilisation que conserve le mouvement péroniste en Argentine. Depuis la condamnation de Cristina Kirchner, un noyau dur de militants s’est relayé jour et nuit sous les fenêtres de son domicile, formant une garde quasi-permanente en signe de solidarité.
Pour Lara Goyburu, politologue à l’université de Buenos Aires, cette manifestation “démontre une capacité de mobilisation de rue que le péronisme, au sens large, conserve encore”. Cependant, elle note également que cette mobilisation manque de la “transversalité observée en d’autres occasions, comme la marche universitaire d’avril 2024”, qui avait rassemblé des Argentins de tous horizons politiques contre certaines mesures du gouvernement Milei.
Cristina Kirchner elle-même, désormais consignée à son domicile, a fait preuve d’ironie face à sa situation. Elle a annoncé avoir officiellement demandé à la justice, par l’intermédiaire de ses avocats, “si elle pouvait sortir ou non au balcon de sa maison”. Cette requête fait suite aux termes de son assignation à résidence qui lui enjoignent de “s’abstenir de tout comportement susceptible de troubler la tranquillité du voisinage”.
Au-delà de sa personne, beaucoup de manifestants voient dans cette condamnation une atteinte aux principes démocratiques. “On est là car c’est une attaque contre la démocratie de rendre inéligible quelqu’un comme Cristina, pour qui le peuple veut voter”, explique Rocio Gavino, fonctionnaire de 29 ans participant à la manifestation.
Alors que Cristina Kirchner reste assignée à résidence, la mobilisation de ses partisans pourrait se poursuivre dans les jours et semaines à venir, constituant un défi majeur pour le gouvernement de Javier Milei dans un contexte économique et social déjà extrêmement tendu.


